NI HAG AR BREZHONEG NOUS ET NOTRE LANGUE BRETONNE, une contribution d’André Le Gac

Tout homme de gauche est – devrait être – viscéralement attaché aux arts et à la culture sous toutes leurs formes.
Rappelons-nous que ce furent toujours, tout au long de l’Histoire, les réactionnaires de tous ordres établis et de tous pays, les Nazis au sommet, qui censurèrent, brûlèrent les livres, exilèrent leurs auteurs.

De Socrate à Galilée en passant par Diderot, Hugo, O.Wilde, Federico García Lorca, Pablo Neruda ou Pasolini… la liste est infiniment longue.
Hélas, les « révolutions » n’échappèrent pas non plus à cette terrifiante terreur intellectuelle et morale. Goulag là-bas, Stasi à côté, Ayatollahs ou autres Fous de Dieu aujourd’hui.
Les langues du monde – 6500 ? – sont TOUTES des outils de la connaissance de la longue et lente, mais parfois accélérée et brutale, évolution de l’Humanité.
Biodiversité et « logo-diversité » sont pareillement menacées par la mondialisation capitaliste.
Dans son livre Ces mots qui meurent (La Découverte, 2012), Nicholas Evans nous avertit que l’érosion n’a jamais été aussi RAPIDE.
Une langue qui meurt c’est aussi une dont le breton (que la « douce » Anne de Bretagne n’a jamais parlé, contrairement à ce que certains frappés du bonnet voudraient laisser entendre!).
Mais un État ne suffit pas car en République d’Irlande, le gaélique EST langue officielle depuis presque 100 ans et il végète car pendant toute la Colonisation britannique (800 ans!) il fut interdit, et déclina donc devant l’anglais : les impérialismes sont des destructeurs totalitaires.
Dans leur prison de Long Kesh, Bobby Sands et ses camarades communiquaient en gaélique, langue de résistance.
Tout comme chez nous, en Bretagne, des centaines de Résistants communiquaient et résistaient en parlant breton : le breton n’a donc pas été QUE la langue de la Collaboration !
Et Pétain et Vichy parlaient TRES bien le français comme ceux qui torturaient parfois jusqu’à la mort les résistants bretons. Et Franco parlait très bien l’espagnol et Hitler l’allemand… Et ceux qui exterminaient les Indiens d’Amérique ou exploitaient les esclaves africains, quelles langues parlaient-ils ?
Au nom de QUI, de QUOI, le Front de Gauche devrait-il avoir des réserves, des hésitations, sur la promotion et l’enseignement de la langue bretonne ?
Une grande violence historique a été faite au breton comme aux autres langues POPULAIRES de la République, occitan, corse, basque, alsacien…
« bibliothèque qu’on brûle ». Vous imaginez-vous sans bibliothèques ?
Or l’UNESCO a classé le breton parmi les langues menacées, si « On » laisse faire !
Historiquement, une langue telle que trop de nos concitoyens et de nos gouvernants politiques et culturels, voire universitaires, l’entendent, c’est LA LANGUE OFFICIELLE, LA LANGUE D’ETAT.
Le français chez nous, l’anglais ou le russe ou le mandarin ailleurs, celle qui est enseignée dans les Écoles, celle de LA LITTERATURE, la « grande » bien sûr.
Pourtant une langue ce n’est jamais « qu’un dialecte qui a eu la chance d’avoir une Armée ET un ETAT » (dixit Lyautey!).
Des milliers de langues n’ont pas eu cette « chance » !
La même violence n’est-elle pas faite aujourd’hui (comme hier) aux langues de l’immigration ou aux langues créoles, langues maternelles pour des centaines de milliers d’enfants ?
Toute langue maternelle EST une langue douce, la plus douce qui soit, la plus HUMAINE qui soit, parce que c’est celle que tout enfant, d’où qu’il soit, ENTEND pendant 9 mois dans le ventre de sa mère.
Puis sa mère qui le berce de son chant, même si elle ne sait ni lire ni écrire SA langue, si étrange, si précieusement belle.
André Le Gac

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3 réponses à NI HAG AR BREZHONEG NOUS ET NOTRE LANGUE BRETONNE, une contribution d’André Le Gac

  1. ar rouz dit :

    bravisimo! o klask labour e brezhoneg emaon blam da se just awalc’h!

  2. lanta paule dit :

    La défense des langues et cultures de France, celles des langues menacées de disparaitre sur notre planète ne me semble pas avoir besoin de renoncement dans les débats idéologiques qui traversent notre histoire globalisée.
    La liberté d’expression doit être défendue partout dans le monde, mais la liberté de rappeler que Soljenitsyne l’utilisa pour dresser des lauriers à A. Pinochet pour son « œuvre de reconstruction morale » doit l’être aussi…. Et donc allons- nous jouer au ping pong ??
    Et qu’en est- il de cette liaison aujourd’hui dominante entre les moments révolutionnaires d’un peuple et les difficultés rencontrées ce moment passé dans la construction d’une société fidèle aux engagements révolutionnaires, entre la générosité de la nuit du 4 Août, et la répression qu’entrainèrent le cours forcé de l’ assignat ou l’obligation d’approvisionner les marchés à un prix plafond…entre PAIX PAIN LIBERTE de Lénine en 17, et avant et après Stalingrad les répressions sans doute « staliniennes » mais pas que. Faut il pour autant faire un amalgame entre ce moment révolutionnaire des soviets ( défendu ici, sans esprit critique et sans efficacité j’en conviens) et les guerres saintes des fous de dieu… plutôt héritiers de nos croisades ?
    L’argument anthropologique me semble donc la condition nécessaire et suffisante d’un large rassemblement sur cette défense et promotion des langues et cultures minoritaires de «l’ hexagone » :
    Le bilinguisme dès la scolarisation peut renforcer ou compenser les liens maternels et paternels de la langue familiale… il s’agit sur ce point de ne pas tomber dans une vision idyllique de nos vies intra-utérines; certaines civilisation considèrent que la date de conception est date de naissance ce qui souligne l’importance de ce moment, mais évite l’ édulcoration des réalités de la vie , et des bienfaits potentiels du droit à l’ IVG.
    Un bilinguisme bien vécu sera sans doute un outil émancipateur pour la personne en construction , outil de décentrage du point de vue perso et ou de groupe sur les sons, les rythmes, les contes « fondateurs »…
    La survivance de langues très anciennes, liées à des modes de production aujourd’hui disparus ou en voie de disparition, est mise à contribution par de nombreux anthropologues, qui constituent ainsi un patrimoine des populations terrestres, de leurs savoirs et dont les enfants A venir auront sans doute besoin, car ils sont le plus souvent éco pertinents( venins, plantes aromatiques…)

    A trop vouloir rassembler sur des positionnements non élucidés, l’auteur de cet article me semble s’être éloigné de son but, promouvoir sa langue régionale aujourd’hui menacée.

  3. Un partageux dit :

     » Tout homme de gauche est – devrait être – viscéralement attaché aux arts et à la culture sous toutes leurs formes. »

    J’ajouterais que tout homme de gauche devrait être viscéralement attaché à la culture des gens modestes. Et c’est loin d’être le cas. On voit très souvent à gauche une fascination pour la culture bourgeoise, la culture de l’élite contre la culture populaire. La langue — langue, dialecte ou vocabulaire — des paysans disparaît au profit de la langue des beaux quartiers.

    On entend toujours cet ancien discours de l’arrachement à la glèbe. Abandonnez la langue de vos parents, abandonner le bon sens de vos grands-parents, oubliez la modestie de vos origines. Et adoptez les vues d’une bourgeoisie qui sait tout sur tout.

    La gauche ferait bien de s’interroger sur cette fascination. Ses brillants résultats électoraux et son audience dans le peuple qui dérouille devraient vigoureusement l’y inciter…

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