Le parti de gauche, pas contre les langues régionales, mais pas au point de lever le petit doigt pour les défendre, au contraire !

Nous publions ici une réflexion de notre camarade Fañch, suite à un article récent posté sur le blog de François Coq, secrétaire national à la politique territoriale et à l’éducation et également porte-parole de la campagne contre la réforme territoriale du PG.

Concernant la place des langues dites « régionales » en France, le parti de gauche, une fois de plus, fait la grimace. Effectivement, il n’est pas « contre les langues », mais on ne peut que constater qu’il n’a jamais proposé la moindre protection juridique en leur faveur, pire, il s’oppose à chaque avancée législative sur ce sujet.  Un récent article de François Cocq, daté du 17 mars 2015, illustre une nouvelle fois la peur des dirigeants du PG – car c’est de cela qu’il s’agit – devant une amélioration juridique pour l’enseignement DES et EN langues régionales. https://cocq.wordpress.com/2015/03/17/la-loi-carle-des-langues-regionales/ .

Où est le problème ? La mise en place de la loi CARLE. http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006071191&idArticle=LEGIARTI000006524519 .

Lorsqu’une commune ne fournit pas d’enseignement bilingue, les parents d’élèves peuvent maintenant obtenir une dérogation à la carte scolaire, afin d’inscrire leur enfant dans un établissement bilingue d’une autre commune, ou proposant au moins l’enseignement d’une langue régionale, et ces parents pourront obtenir le financement public de la scolarité de leur enfant, qui était jusque là à leur charge s’ils voulaient l’enseignement bilingue pour leur progéniture.

Protestation du secrétaire national du parti de gauche à l’éducation, François Cocq…

Donc, braves gens, si vous êtes suffisamment riches, payez à vos gosses l’enseignement bilingue, et si vous n’avez pas assez d’argent, et bien contentez-vous du monolinguisme et puis c’est comme ça et pas autrement ! On ne paiera pas vos caprices de pauvres stars, non  mais !, c’est à peu près l’idéologie véhiculée par notre cher camarade pégiste, François Cocq…

Il parle d’ailleurs de consumérisme lorsqu’il évoque la volonté des parents de voir l’éducation scolaire de leurs enfants effectuée partiellement en langue régionale… Les intéressés apprécieront sûrement…

Donc selon le camarade Cocq, les langues autres que la sienne ne seraient que des produits de consommation.

Attaché à l’unité et l’indivisibilité de la République, au moins autant que le Parti de gauche, notre réseau « Langues et Cultures de France », né en 2004 à  la Fête de l’Humanité, se bat pour l’École Publique, dans laquelle les langues de France ont toute leur place pour l’instruction de nos enfants, non pas comme simple « patrimoine », mais comme langues de présent et d’avenir, dans le respect du pluralisme culturel indispensable pour l’unité républicaine. L’esprit des enfants est largement enrichi par les vertus qui ne sont plus à démontrer du bilinguisme précoce. Nous sommes défavorables aux contournements de la carte scolaire, car ils favorisent la ghettoïsation et la non-mixité sociale. C’est pour cela que nous promouvons le bilinguisme dans toutes les écoles publiques dans les territoires concernés par les langues régionales.

Territorialisation de l’École ? Non, prise en compte des réalités linguistiques et historiques. Car les êtres humains ont les pieds sur Terre, et il n’y a pas d’avenir sans histoire.

Il est vrai qu’il existe des écoles de type associatif, comme Diwan ou les Iskatola basques ou les Calandretas occitanes. Pourquoi ? Pour pallier les faiblesses de l’école publique en matière de pluralisme linguistique. Le mieux serait, selon nous, d’intégrer pleinement les langues régionales dans l’Éducation nationale, en leur assurant toute leur place, ce qui aurait dû être fait depuis belle lurette ! Le Parti de Gauche se revendique de Jaurès, qui lui pourtant encourageait la promotion des langues de France à l’école, de façon très avant-gardiste pour son époque.

Camarades du Parti de Gauche, un peu de courage ! Il ne s’agit pas d’un combat de chèvres pour rester attachées à leur piquet, ni de moules voulant rester sur leur rocher ! Quelle liberté individuelle pour les citoyens dans le monolinguisme imposé ?

Comment construire sa personnalité à l’âge adulte, lorsqu’on ne s’est vu imposer qu’un seul choix monolinguistique durant l’enfance ?

Le bilinguisme de l’enfant apporte la liberté de choix à l’adulte dans sa construction culturelle.

Chers camarades du Parti de Gauche, nous ne sommes pas vos adversaires politiques ! Et nous partageons l’essentiel de vos valeurs d’émancipation humaine, de République Sociale, d’écosocialisme, notre combat universaliste est celui de la culture pour toutes et tous et PAR toutes et tous.

Le Réseau Langues et Cultures de France comprend en son sein bon nombre de militants politiques communistes et du Front de Gauche, ainsi que des citoyens non-encartés. Fidèles à l’enseignement de Jean Jaurès, nous pouvons nous opposer sur certains points, sans pour autant nous déchirer.

Nous n’aurons de cesse de vous tendre la main pour travailler ensemble, dans le  respect mutuel et dans la volonté permanente de nous comprendre pour appréhender de façon plus sereine l’avenir que nous construisons ensemble, et nous vous invitons à apprendre les langues dites « régionales », ainsi qu’à les transmettre. C’est fou le plaisir intellectuel et militant que ça procure, vous verrez ! Nous avons tant à bâtir côte à côte, et la VIème République sera une preuve de ce que nous pouvons faire de meilleur ensemble !

Il ne semble pas inintéressant de rappeler que des pays en lutte contre le capitalisme, comme la Bolivie ou le Venezuela prennent en compte le plurilinguisme jusque dans leur constitution ! Sont-ils des États féodaux pour autant ? Ce n’est pas notre point de vue.

La République en France est menacée par le capitalisme ultra-financiarisé et rapace pour le peuple, elle est menacée par l’austérité, par l’exploitation et la précarité, et par l’impérialisme du tout globish.

Le réseau Langues et Cultures de France œuvre pour la promotion des langues de France menacées, mais aussi pour celle de la langue commune des citoyens, le français. Nous n’opposons pas le Français aux autres langues de France, nous les soutenons toutes.

La question culturelle est une question éminemment sociale.

Enfin, d’un point de vue personnel, je suis en désaccord avec l’idée que les langues dites « régionales » et leur réémergence seraient une « menace » pour l’unité et l’indivisibilité de la République. C’est tout le contraire!

Le fait de les utiliser quotidiennement, et dans tous les domaines de la vie participe pleinement de la vitalité républicaine.

Le fait de seulement « enseigner » – à raison de quelques heures par semaine…- ces langues, ne permet en rien de les sauvegarder et de promouvoir leur utilisation dans la vie de tous les jours. Car elles sont des ponts et non des murs !

Or, une République digne de ce nom doit assurer l’égalité de tous les citoyens devant la loi, peu importe leur langue et leur origine.

Donc il faut soutenir TOUTES les langues de France, plutôt qu’une seule. Bretonnant moi même (et je précise au passage qu’il n’existe pas 5 langues bretonnes!), je trouve déplorable que la deuxième langue de France, l’arabe, soit si peu enseignée, y compris par immersion si une partie significative de la population le demande. Même chose pour le berbère, langue majoritaire dans certains pays du Maghreb où elle lutte pour sa reconnaissance, jusqu’à la mort (assassinat du poète Matoub Lounès en Algérie en 1998 : http://matoub.rebelle.free.fr/).

Je suis pour le bilinguisme à l’école. Par exemple, en Basse-Bretagne, on peut aujourd’hui apprendre le breton dans toutes les écoles. De nombreuses écoles publiques utilisent le bilinguisme dans l’enseignement, c’est à dire, non pas l’enseignement DU breton, mais EN breton dans de nombreuses matières. C’est une très bonne chose pour la vitalité culturelle du pays, il est tout à fait normal que les langues dites « régionales » irriguent leurs territoires d’origine. Pour les langues « sans territoire », il faut les enseigner partout!

Pour ma part, je trouve une autre erreur d’analyse de la part du Parti de Gauche, et je m’adresse à ses militants.

Vous semblez considérer que le combat pour la sauvegarde des langues « régionales » serait un combat d’arrière-garde, mené par des personnes enracinées dans leur région depuis des lustres à l’heure où les Français bougent.

Il me semble qu’il s’agit d’une idée reçue. Nombre de personnes venant du monde entier choisissent de scolariser leurs enfants dans des écoles bilingues, français-langues régionales, et apprennent souvent elles aussi par exemple le breton ou l’occitan, par intérêt, par plaisir, pour suivre les devoirs de leurs enfants ou parce qu’ils se sentent bien là où ils vivent et veulent profiter de la richesse culturelle qu’est la diversité des langues dans notre pays… facteur de buen vivir ensemble, dans nos différences, mais surtout dans notre commune Humanité.

D’ailleurs, l’essentiel du Front de Gauche, sauf le PG (du moins ses dirigeants), est POUR la charte européenne des langues minoritaires. Un vrai débat s’impose, ferme et profond, loin des invectives, des formules toutes faites, voire des calomnies ou d’autres « théories complotistes » fort à la mode en ce moment délicat, au sein du Front de Gauche, comme au sein de toute la société.

Oui au plurilinguisme!

Oui à l’unité et l’indivisibilité du combat pour le pluralisme culturel pour une humanité meilleure !

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Une réponse à Le parti de gauche, pas contre les langues régionales, mais pas au point de lever le petit doigt pour les défendre, au contraire !

  1. Hasmik dit :

    Bon article mais une chose me gène particulièrement: pourquoi s’opposer aux contournements de la loi scolaire, si, comme c’est le cas actuellement, l’État ne permet pas un enseignement en langue régionale dans la majorité des écoles? Je trouve cette position égoïste. Qu’on pallie ce maque, et après, opposez-vous!

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